L’intimité dans l’art contemporain

Le terme « art intime » vient du début du 17éme siècle et avait une connotation d’interdit. Cependant, aujourd’hui l’art de l’intimité est quelque chose qui donne accès à l’endroit le plus privé, l’endroit le plus réel de la société.  Une partie qui ne triche pas, qui ne ment pas. Sa forte présence dans l’espace médiatique et culturel semble aller de pair avec sa valorisation, nourrissant l’idée d’autheticité, qui nous emmène à chercher le cœur de la voie subjective de l’artiste.

Ceci dit, la seule façon de pouvoir vivre de la façon le plus authentique requiert aussi que l’on soit reconnu par ce qu’on est vraiment. Donc pour pouvoir montrer son intimité, nous sommes obligés aussi de montrer notre extériorité. Pour cela, Albert Thibaudet (critique littéraire français très apprécié de l’entre-deux-guerres, qui écrit pour La Nouvelle Revue française de 1912 à sa mort.) a créé le terme « extime ». Ce terme est utilisé pour désigner ce qui est tournée vers le dehors, ce que le sujet veut trouver en dehors de lui-même. Ce terme a été aussi repris par Michel Tournier (écrivain français Auteur de plusieurs romans remarqués dont Le Roi des aulnes, couronné par le prix Goncourt en 1970, il est aussi un conteur et un romancier pour la jeunesse avec des œuvres comme Vendredi ou la Vie sauvage (1971), réécriture de son premier roman Vendredi ou les Limbes du Pacifique. Il reprend par ailleurs le néologisme de Jacques Lacan, « journal extime »)

Une autre façon de voir ce phénomène serait que, en montrant l’intimité, montrant ce que nous sommes tout au fond de notre cœur, nous soyons acceptés et validés par le regard des autres. Cette idée, formulé par le psychanalyste Serge Tisseron, continue en disant que, puisqu’elle invite à se monter tel quel, l’intime peut encourager la réalisation de ses formes les plus dégradées.

Cette problématique crée la sensation que, l’intime n’est plus quelque chose de cachée, quelque chose qu’il ne faut surtout pas montrer, mais au contraire quelque chose que nous considérons comme partageable, quelque chose que nous voulons montrer pour que ça soit validé par les autres. On est donc emportés vers une paradoxe : les concepts d’art et d’intime sont contradictoires car la logique derrière l’art intime est d’exposer (extérioriser) la partie la plus intime (intérieure) de soi-même. Le plus intérieur, ce qui nous est le plus propre, est ce qui nous expose le plus ? Est-ce une propriété de l’objet ou la qualité de l’intention qui s’en saisit et les fins qu’elle lui imprime ?

Finalement, nous pouvons nous demander: à une époque où les questions de l’identité, à quelque niveau que ce soit, se posent avec acuité, où les nouvelles technologies donnent à chacun la possibilité de vivre une seconde vie virtuelle, la tentation n’est-elle pas encore plus grande d’inventer un intime, voire de multiplier les intimes potentiels, propres à chacun de nos avatars ?

Enfin, évoquer l’art de l’intime, c’est rendre compte, au-delà des productions et pratiques de chacun – textes littéraires, peintures, films, arts plastiques…– d’une culture de l’intime qui inclut également la réception de ces œuvres et en interroger les modalités et enjeux : quelle place occupe l’art de l’intime aujourd’hui et quelles valeurs lui sont attachées ? Quelles formes d’expression sont privilégiées et quels liens entretiennent-elles avec celles du passé qui ont rendu possible le concept même d’un art de l’intime ? Dans quelle mesure les représentations de l’intime expriment-elles l’évolution des notions d’intime et d’intimité et, inversement, comment contribuent-elles à leur reconfiguration ?

 

Huan WILCHES

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