Le détournement du Selfie par Orlan avec ses ‘Self-hybridations’

Le selfie, grande pratique contemporaine apparue suite à la naissance des appareils photo numériques, est devenu un moyen de contrôler son image ainsi que de se mettre en avant. Le désir de reconnaissance qui suit le partage d’un selfie sur les réseaux sociaux nous pousse à penser que ceux-ci sont l’expression d’un certain narcissisme et d’une société individualiste.
Le selfie est finalement le reflet de notre société: il se soumet au jugement d’autrui par son exposition, il favorise le masque, le mensonge, qui cache la réalité et compense le manque d’estime de soi.

L’artiste Orlan va détourner l’usage principal du selfie pour en inverser le sens et lutter contre les canons de beauté actuels.
Dans ses œuvres nommées “Les self-hybridations”, l’image de soi s’en trouve transformée.

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Orlan, Self-hybridations précolombiennes, 1998

 

https://78.media.tumblr.com/93e61d5c1eb75256afb3050df3d5e4c1/tumblr_inline_ne44rjDL7Z1r75a2i.jpgOrlan, Self-hybridations indiennes-américaines, 2005

 

https://cdn.thinglink.me/api/image/936177829823905793/1240/10/scaletowidthOrlan, Self-hybridations africaines, 2003

 

Orlan va donc réaliser trois séries de ‘Self-hybridations’. Dans ces autoportraits elle va à l’inverse des normes de beauté conventionnelles, et même au delà des apparences physiques.

« Les masques sont des caractères formels qui parlent avant de parler aux spectateurs par les couleurs et les signes. Pour mon «opéra» je dis d’emblée je suis Orlan avec mon visage transformé avec deux bosses. Je me présente et je joue avec les couleurs, les signes et les masques. Dans l’univers de la photographie qui ressemble à de la peinture sur la toile, le maquillage est la peinture sur la peau qui devient masque. »

Orlan reprend des images ou peintures d’époque, avec des signes, des couleurs, ou des symboles qui se retrouvent dans certaines populations, telles que le rouge ou les plumes pour les indiens d’Amérique, et les appose sur son visage.

« J’entreprends actuellement un tour du monde des standards de beauté chez les Précolombiens (déformations du crâne, strabisme, faux nez…). À l’aide de l’ordinateur, j’ hybride ma propre image avec celle des sculptures présentant ces caractères pour créer une autre proposition, un autre modèle de beauté »

Orlan prend donc un selfie qu’elle va ensuite retravailler sur des logiciels de montage pour transformer son image (tel qu’on peut le faire avec les ‘filtres’ que l’on met sur nos selfies), mais dans l’optique de répondre aux canons de beauté de ces peuples et non de la société occidentale.
Elle échappe ainsi à tout « formatage ».
Elle utilise la représentation de soi afin de renouveler, d’innover, de révolutionner l’art ainsi que notre société, notre culture ordinaire où il faut répondre à certaines normes.

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