Création des romans rapport 1 : L’écriture blanche.

L’écriture blanche est un concept utilisé pour désigner une écriture neutre, sèche, vide de toute intention, refusant les ornements du style, où la subjectivité du sujet écrivant s’efface au profit d’un Autre, lieu de la parole, mais qui n’est alors que « le pur sujet de la moderne stratégie des jeux »1 : écriture qui déshumanise, produisant un texte qui fixe sur le support matériel une parole «performative », faisant acte, sur le modèle de l’écrit administratif, juridique, comptable, où chaque mot «compte », dépourvu d’ambiguïté. (Cerf Pierre BALLANS  « L’écriture blanche, un effet du démenti pervers »)

C’est Roland Barthes qui a instauré l’expression d’ « écriture blanche », dans Le degré zéro de l’écriture (1953).  Cet événement formel, il l’observe chez plusieurs auteurs qui s’imposent dès les années 1950 : Albert Camus, Maurice Blanchot ou encore Jean Cayrol. Mais la formule reste valide pour décrire une bonne part de la littérature contemporaine, non seulement dans le domaine romanesque, d’Henri Thomas à Annie Ernaud, mais aussi dans d’autres genres, voire même dans d’autres arts. Il faut entendre l’ « écriture blanche » comme on parlerait d’une voix blanche, c’est-à-dire sans intonation, dans une sorte d’absence énonciative. Barthes la définit comme une écriture « plate », « atonale », « transparente ». (Cerf https://www.unil.ch)

Cette écriture, qui vise l’épure, la formule algébrique donc sans auteur, hors du temps et concernant des « inconnues », des x ou des y pouvant représenter n’importe quel objet ou individu, transcrit ce langage «parfait» que nous allons voir recherché par le pervers qui, comme nous allons le constater, veut mettre en place un «faux symbolique », sans défaut avéré, aboutissant généralement à la production du fétiche, cet objet qui suture la place du manque «en assurant, comme le remarque Henri Rey-Flaud, la fonction de présentifier dans le monde le signifiant de la Chose […] que le pervers détourne à son profit au cours d’une opération de forçage contre le langage».

Pour conclure l’écriture blanche serait une écriture qui ne serait pas littéraire, au sens où la littérature est issue d’une subjectivité dont elle porte l’empreinte. Une écriture blanche, c’est une écriture neutre, une écriture au plus près du réel, qui ne laisse pas percevoir d’écran entre elle-même et le réel, une écriture documentaire.

 

Primo Levi a longtemps refusé que l’on qualifie son œuvre de roman, car un roman c’est de la fiction, or il nous livre malheureusement un témoignage sur des faits réels. Il opposait ainsi littérature et témoignage.

Cependant peut-on parler d’écriture blanche, purement documentaire, neutre dans ce cas? Levi écrit une œuvre littéraire, que nous avons plaisir à lire et à interpréter, c’est un écrivain.

 

On ne peut pas dire que Si c’est un homme n’est qu’un documentaire, il y a bien dans l’écriture une approche personnelle: l’écrivain a ordonné, organisé son propos, il nous livre ce qu’il a vécu dans une écriture littéraire. Cette démarche littéraire n’exclut pas pour autant la véracité de ses dires, au contraire elle l’appui, lui donne plus de force, amène le lecteur à s’interroger, à réellement percevoir l’enfer des camps, grâce au maniement littéraire des mots.

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