Creation de romans, Rapport 3: L’histoire d’une personne, une parmi plusieurs autres. L’histoire d’une famille. La vie à travers et dans le contexte de toute une époque.

L’histoire d’une personne, une parmi plusieurs autres. L’histoire d’une famille. La vie à travers et dans le contexte de toute une époque.
Le livre, fabriqué à partir de carton gris simple, qui a réuni le désir et la compétence. Il était fait à main, cousus et collé soigneusement, ligné et habilement rempli de témoignages vivantes de la vie réelle. Un texte bien structuré et organisé en chapitres, avec les titres bien saillants. Le récit qui se développe d’une manière chronologique et est complété par des documents, des photographies, des dessins et des schémas.
Non, je ne vais pas présenter à votre attention les mémoires ou l’autobiographie d’un personnage public célèbre. Je veux vous parler du livre de mon grand-père, Serafym Fylypenko (son vrai nom Pylypenko était russifié avec la venue de l’URSS). Il décrit la vie et les événements historiques de son époque à travers des yeux d’une personne ordinaire qu’il était. Son récit est perspicace par sa simplicité des faits et la violence des expériences vécues, il est exceptionnel par son intimité et le souci de mettre sur papier une histoire de la génération.
Mon grand-père est né en 1914, l’année du début de la Première guerre mondiale, dans l’un des villages de la région de Kirovograd en Ukraine centrale (à l’époque province d’Elizavetgrad, l’Empire russe). Déjà en 1915, son père était décédé à l’hôpital suite aux blessures reçues dans les combats sur le front allemand. Dès son plus jeune âge, mon grand-père voit la guerre s’éclater devant ses yeux, d’abord – la Première guerre mondiale, puis la Guerre civile dans l’Empire russe, la dévastation et la famine qui suivent ces deux guerres, après- la formation et le début de l’état soviétique, l’industrialisation et la collectivisation. Sa vie, ses études et le travail acharné dans les mines, le service à l’armée, puis les horreurs de la Seconde Guerre mondiale à laquelle il a pris part en tant que soldat, puis la restauration du pays et la création d’une famille, l’essor et la mort de l’Empire rouge, tout a trouvé une réflexion détaillée sur les pages de ce manuscrit.
Il a appelé son livre «mon arbre généalogique», alors qu’il cherchait à rassembler et à préserver pour ses descendants l’histoire de sa famille, en la mettant en valeur dans le contexte des événements qui se sont déroulés sous ses yeux et auxquels il a pris part. Mon grand-père a soigneusement conservé des photos et des documents miraculeusement conservés et retrouvés, des informations recueillies petit à petit, y compris auprès de ses parents et sa famille proche, des écrits du journal intime qu’il menait pendant la guerre malgré des interdictions d’une activité pareille. Il a su retracer, étudier et enregistrer les biographies de ses parents et de sa famille proche (arrière-grands-mères et arrière-grands-pères, grands-pères, grands-mères, tantes et oncles, parents) depuis 1865, tout en parlant de leur vie et leur destin. Ensuite, il les a divisés en chapitres et paragraphes et a décrit sa propre vie depuis l’enfance.
Les souvenirs de mon grand-père se terminent en 1992, deux ans avant sa mort à l’âge de 80 ans. Le livre a été passé à son fils, le frère de ma mère, et ses fils. Malheureusement, les derniers n’ont pas manifesté un grand intérêt au manuscrit de leur grand-père, et après la mort précoce de leur père, le manuscrit a passé dans notre famille. Moi, encore adolescent, j’ai passé des heures à lire et étudier le manuscrit de mon grand-père. J’ai vu déroulé sous mes yeux des moments historiques dont j’avais la parfaite connaissance sous une autre angle, celui qui dévoile des côté de la guerre dont on essaie de ne pas trop parler aujourd’hui. J’ai vu aussi une histoire de toute une génération défilé devant moi, avec ses peines et ses craintes, ses souffrances et ses moments de bonheur. Un jour je souhaite publier ce livre et le traduire en français et en anglais. C’est une histoire vraie et percutante, si intime et si commun en même temps, qui mérite d’être raconté en Ukraine et dans tout l’espace post-soviétique, bien qu’en Europe.

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