Personnalisation ou personnification du téléphone portable ?

Depuis plus de 15 ans au Japon, on personnalise son téléphone portable avec des straps. Les straps sont des bijoux de portables, on peut les trouver dans des magasins de souvenirs ou dans les rayons informatiques des magasins, sous beaucoup de variétés (straps de marques célèbres comme Louis Vuitton, éditions limitées, straps fait à la mains, etc). On peut les collectionner (Makiko Furuichi en portait une vingtaine accrochés à sa jupe d’écolière). On peut se demander pourquoi le strap ne s’est pas autant développé en Europe, quoique je me souviens avoir accroché un Winnie l’Ourson à mon portable à clapet quand j’avais 12 ans.

L’arrivée de l’iPhone en 2007 change les choses : il n’existe plus d’attache pour porter ses straps. Mais beaucoup de monde a un iPhone, alors on ressent d’autant plus le besoin de personnaliser son téléphone portable pour se démarquer de la société : il existe des coques, très originales ou basiques, des stickers, des embouts Jack… Des magasins sont créés uniquement pour la personnalisation de l’iPhone (The Kase), il existe également des applications pour modifier son écran d’affichage (Cocoppa, pour faire des icônes personnalisées). Et pour ceux à qui les straps manquent vraiment, des solutions ont été trouvées : certaines coques possèdent des attaches spéciales.

 

Les utilisateurs du téléphone portable, quel qu’il soit, ont adapté leur comportement afin de pouvoir communiquer de manière personnelle, tout en étant entourés de monde. Ils veulent se cacher et protéger leur vie privée : pour cela, beaucoup utilisent des téléphones portables en forme d’oritatami (c’est à dire à clapet), ou alors un film qui, vu sous un certain angle, fait apparaître l’écran tout noir ou en miroir. Tous ces efforts s’expliquent probablement par les règles de savoir vivre qui ont été mises en œuvre aux débuts du téléphone portable : en effet, il est souvent interdit de parler à voix haute dans les trains et métro au Japon. Les populations auraient alors l’impression d’être surveillés, ils développent des techniques pour pouvoir communiquer sans être observés : par exemple, les sha-mail permettent d’échanger du texte avec des photos sans utiliser la voix. Mais ces techniques incitent également au détournement de la fonction première du téléphone portable : l’appareil photo prend une place importante dans le téléphone portable, ainsi que les réseaux sociaux. Bientôt nos pouces seront déformés à force de trop « textoter » (tout un vocabulaire est créé par les jeunes pour désigner les fonctions du téléphone portable).

 

En conclusion, la personnalisation des téléphones portables (peut-on peut-être même parler de personnification ?) ainsi que le comportement de ses utilisateurs démontrent que nous (au Japon comme en France) vivons dans une société victime de ce média. Il est inquiétant de savoir que le monde compte plus de détenteurs de téléphones portables (5,1 milliards) que de personnes ayant une brosse à dent. Au Japon, on parle de galapagosization (phénomène selon lequel les technologies développées par les entreprises japonaises sont concentrées dans le marché japonais, en partie car elles ne sont acceptées que dans le marché japonais).

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