Rapport 2

Ecrire un journal intime pourrait s’apparenter à un acte relevant du domaine privé, dans le sens où celui qui le rédige est censé être le seul à pouvoir y autoriser l’accès (d’où la présence d’un cadenas sur certains modèles). Il peut exister certains avantages à la rédaction papier : l’auteur est maître de la page blanche, il peut écrire, griffonner, gribouiller ou même dessiner, et ce dans un ordre de superposition et d’organisation de la feuille qui lui permet d’avantage de s’y inscrire : rapporter un état d’âme ou une anecdote ne peut dans certains cas se suffire à l’utilisation de simples mots. l’ajout d’un cœur, d’un petit nuage ou d’un dessin caricaturale peut signifier autant, voire même plus, que les mots qui l’accompagnent. Par le peu de restrictions qu’offre la page, celui qui écrit dans un journal intime papier s’y représente mieux et de façon encore plus personnelle, le remplissage du journal n’étant pas normé, ou moins normé que la rédaction sur internet. Une plus grande autonomie par rapport au contenu autorisé est sans nul doute plus à même de rendre compte du caractère intime de ce qui y est inscrit. On suppose donc que le journal papier ne sera lu que par son auteur, et, dans certains cas, par certaines personnes proches qui y auront été autorisé.

Ce rapport intime à l’objet du journal se trouve transfiguré par une médiation différente (l’écriture sur le réseau) qui remet certaines choses en question. Ecrire son journal sur un blog semble être restrictif ; ce que la page papier permettait de personnalisation à outrance (propre au journal intime papier) le post le réduit à un strict minimum. Nous pouvons écrire, mettre en page et peut être ajouté des smileys, mais ce ne sera jamais notre propre écriture ou nos propres smileys. Ce sont des patterns prédéfinis que nous agençons d’une manière à rendre compte d’un événement qui relève d’abord du domaine psychologique. Là ou chacun aura son écriture propre, sa façon particulière de former ses lettres, le journal intime internet annule cette part de singularité. Ne reste que le message, et la manière dont celui ci est formulé. Mais cela ne signifie pas non plus que ce qui peut être écrit sur le réseau soit moins intime. De nouvelles contraintes peuvent permettre d’étayer le propos intime fourni par l’utilisateur, là ou la page blanche laissait une part de liberté, le post requiert une maîtrise de nouveaux outils, ce qui n”est pas un mal en soi.

Ce qui change vraiment, c’est donc bien le rapport que les autres ont à ce que nous postons. Si un journal papier peut être détruit, il reste tout de même une trace plus persistante de ce que nous pouvons publier sur le réseau. Et cette persistance peut contraindre le blogger à se responsabiliser face à l’objet posté. Nous pouvons écrire les pires insanités dans notre journal papier, tant que celui ci reste strictement privé rien de ce que nous pouvons écrire pourra nous incriminer (insultes, propos déplacés, cri de haine, appel à la violence…) Si nous nous racontons sur internet, ça peut être dans l’idée de le partager indirectement avec les autres personnes connectées. Indirectement dans le sens où ce que nous publions est libre d’accès et n’est pas présenté de manière forcée : J’ai le choix d’aller lire ou non les posts d’une personne, sans que celle-ci ne me la mette sous le nez et me force à la lire. Car celui qui écrit son journal sur internet sait pertinemment qu’il l’écrit pour les autres.

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