Cinq

Décollage 

En cinquième, un mardi midi, à l’heure où la pause prend fin et les collégiens traînent du pied, nous vint une idée, à Hugo et moi. Simon, un ami tellement aluné que même sa sœur en désespérait, marchait nonchalamment devant nous. C’était l’époque heureuse du chat-bite et du pogo, et n’écoutant que notre courage, d’un accord tacite nous fonçâmes sur le Simon sus-nommé, dans l’idée de le bousculer un peu, et de le réveiller beaucoup. Or nous n’avions pas pensé à nous coordonner, et cela donna à peu près ça : Hugo lui rentra dedans en premier, le déséquilibrant franchement (frêle qu’il était) puis, à peine une demi seconde plus tard, je le percutais. Mais le bougre étant déjà penché à plus ou moins 45°, les talons en l’air, les pointes en passe de l’être. Mon impulsion le fit décoller et il partir en chandelle (bon d’accord, j’exagère peut être, allez, courbe gaussienne) avant d’atterrir sur le bitume, presque deux mètres plus loin. Le pauvre ne savait plus où il habitait, et il couinait de douleur. Une fois allongé à l’infirmerie, nous allâmes nous excuser. Il nous vit et sourit, un peu trop pour l’occasion. Nous nous sentions mal, les abdominaux tordus par le fou rire qui avait suivi sa chute. Il nous remercia, en se moquant de nous ; il avoua qu’ayant si bien joué la comédie, la secrétaire avait appelé sa mère pour le ramener chez lui. Tout content d’avoir évité une après midi de cours -et surtout le cours de technologie- il rentrait chez lui, nous laissant nous ici, deux nigauds content d’avoir pu rendre service.

9GAG

C’en est presque douloureux, mais ce site, nom de dieu ce site ! C’est une véritable drogue. On commence par la hot page, on déroule en s’arrêtant sur ce qui nous amuse ou nous occupe, nous intéresse. Les images défilent et l’œil s’habitue aux memes intéressants ou non. On s’habitue et on déroule plus vite. Puis on passe sur la page trending, et là c’est l’escalade, le vertige ! Un contenu riche, plus important, des heures de scroll ! On essaie de se persuader en se disant que ce ne sont que des petites sessions d’un quart d’heure. 5 fois par jours, certes, mais un quart d’heure tout de même. On se console en pensant que c’est vrai, on apprend l’anglais. on apprend de petites choses par ci par là, on se tient au courant de l’actualité (mise en scène évidemment)… Un cours qui traîne en longueur ? BIM ! APPLI PORTABLE ! Un petit combo “Almost politically correct redneck” et “insanity wolf” et c’est reparti ! Et puis vient ensuite la vote page, mais là, peut ose s’y aventurer. Mais ce site en inspire tellement ; on retrouve son héritage dans l’humour d’Antoine Daniel, SLG, Mister Poulpe, pour ne citer que des bons et un médiocre. L’humour participatif et connecté, c’est l’avenir de la gaudriole et de la perte de temps !

Sauvegarde

La première fois que j’ai joué à Tomb Raider, j’ai commencé par le second épisode. Mon cousin l’avait descendu en vacances, et nous y jouions lui, ma sœur et moi. Enfin, jouer est un bien grand mot : nous explorions surtout les différentes façons de tuer Lara, que ce soit par accident, mégarde ou attaque de grizzli. Soudain dans un moment de fulgurance, nous apparu l’Idée : le niveau était parsemé d’embûches, mais nous avions le sentiment qu’au fond d’un de ces précipices, que le joueur aguerri franchit aisément, se trouvait un trésor. Trésor que nous nous devions d’atteindre. A trois sur le clavier (une telle manipulation à l’époque requérait six mains au minimum) nous avons fait sauter Lara au fond du gouffre. A plusieurs reprises, elle mourrait sans que l’on arrive à faire ce que nous avions décidé : sauvegarder juste avant l’impact fatal. Nous sommes resté 30 minutes à essayer, calculer, jouer de malchance, pour enfin y arriver ! Créer une sauvegarde juste avant que l’aventurière embrasse le sol. Fiers comme des coqs, jubilant, nous rechargeons immédiatement la nouvelle sauvegarde. S’ensuivit un moment aussi drôle que perturbant (je me rends compte avec le recul à quel point c’était idiot et contre productif, mais ô combien drôlissime) : la sauvegarde chargeait comme nous l’avions prévu, juste avant l’animation de mort. Mais comme c’était du temps réel, le jeu nous affichait en continu une Lara hurlant et s’écrasant, et rechargeait sans pause ce moment. Dépités mais amusés, nous cherchions à comprendre comment cela avait pu se produire, se basant sur des conjectures absurdes que seuls des enfants qui s’amusent peuvent émettre. Un cri une chute un cri une chute un cri une chute un cri une chute un cri une chute un cri une chute… Et c’était notre seul sauvegarde avancée à ce point dans le jeu.

Bêtise / Rencontre

J’aime à croire, d’une certaine façon, que mon cousin est moi même sommes responsables, dans une certaine mesure, de la rencontre entre mère et de Didier. Non pas de leur union, évidemment, ni de leur histoire commune, mais bien de l’entrée de ce dernier dans notre vie.

Mes grands parents habitent dans Les Landes, plus beau pays du monde, et plus bel région de France (n’en déplaise aux basques ou à leur fierté). Le canard, premier produit de richesse courant les champs de Chalosse, nous amusait, enfants. Palmipèdes gras et gauches, nous les croisions dans l’exploitation qui bordait le petit chemin menant aux palombières. Un soir d’orage, alors que nous rentrions d’expédition mon cousin et moi, nous entendîmes le piaillement croissant du peuple à plumes, excités par l’approche de l’orage…

Encore pleins d’énergie, alors que nous nous dirigions vers la maison, l’idée saugrenue nous est venu de jouer avec les pierres qui parsemaient le chemin. C’était à qui lancerait le plus loin. Mon cousin lançait toujours plus loin, aussi loin que je lançais mal. Tellement mal que j’ai fini par heurter la cabane à canards. Il faut savoir que pour les protéger des intempéries, les éleveurs construisent de grands baraquements de forme semi tubulaire, assez longs et larges pour accueillir tous ses résidents, et assez hauts pour que l’air puisse circuler et se renouveler. Etant petit c’est en tout cas la façon dont nous les voyions. Les nuages convulsionnés, gris, la pesanteur de l’air, le grondement sourd de ce qui approchait ainsi que le vent puissant donnait à la scène une atmosphère terriblement grisante. Comme je le disais je visais assez mal, au point que l’un de mes jets finissent par heurter le revêtement de l’une des cabanes. C’est surtout le bruit puissant, claquant du déchirement de la lourde bâche qui me reste en mémoire. Similaire à un coup de tonnerre, nous réitérions l’exploit chacun notre tour, le but étant de produire le plus gros bruit. Jouant ainsi à Zeus, nous nous amusions du son et de l’affolement des canards, certains que leur dieu vengeur venait les châtier à coup de cailloux tombés des cieux.

Le lendemain, la police a débarqué peu avant midi, sous motif d’étudier la plainte lancé par l’éleveur contre les dommages causés à son installation -(dommages minimes, mais très voyants). Paniqué, nous avons été emmenés par les officiers afin de vérifier si c’était nous qui avions eu la force de lancer les cailloux. L’éleveur, c’était Didier, qui ne nous en voulait absolument pas, et qui semblait encore plus gêné que nous de la situation. J’apprendrai plus tard que lui aussi, môme, avait fait des bêtises dans ce genre là avec ses amis ; certaines plus idiotes, d’autres plus imaginatives.

Découverte

Paris 8, c’est vraiment quelque chose. Déjà, débarqué de la province pour atterrir à Paris est un bouleversement, mais découvrir l’université à travers l’un des seuls exemples français de singularité politique et idéologique, ce n’est pas rien. Peut être que vivre en ville pendant plusieurs années assèche quelque peu cette vertu qu’est l’émerveillement nourri de curiosité, mais franchement, quel incroyable endroit ! J’arrive de Tolbiac où j’ai commencé en philosophie, mais ça tenait plus de l’usine que de la véritable fac telle que l’on se l’idéalise au sortir du bac. 23 étages agencés de manière un peu loufoque qui donne cette impression de bizarrerie propre à certains délires architecturaux. Mais ça reste un endroit où l’on s’entasse sans passion, un endroit sans identité proprement marquée. Alors arriver à Saint Denis après ça, la surprise était obligatoire. Rien que le fait d’arriver à se repérer correctement au sein de l’université demande du temps. Mais le fait le plus important à mes yeux demeure cet esprit quasi campus, qui force les étudiants à rester au sein du lieu durant la journée (les structures adaptés des baraques à frites et autres kebab ne cloisonnant pas l’étudiant dans un lieu uniquement rempli de salles de cours) vu que rien, voire pas grand chose n’entoure l’université. Et c’est cela qui renforce une certaine idée de cohésion et d’appartenance à un organisme vraiment unique.

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