Rapport 3 : L’écriture sur soi photographique

L’autoportrait, une écriture sur soi

        Si le visage semble coincé dans des « plis identitaires », comment s’extirper d’une identité imposée ?

        Dans la création contemporaine, le masque est placé au centre des interrogations d’identité et de « plis identitaires ». On peut notamment penser à Claude Cahun et Cindy Sherman, dont l’intérêt se porte aux métamorphoses, au maquillage, à une forme de travestissement.
Les mascarades permettent en effet d’explorer les différentes facettes du ‘moi’. Le retour du masque peut alors être perçu comme le signe d’un malaise, dû à la multiplication et la diffusion des visages depuis l’apparition de la photographie ? À l’origine le masque ne cache pas, il créé l’identité.

Claude Cahun (1894-1954), entre écriture et technique de soi

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Claude Cahun développe une pratique de l’écriture de soi à travers de nombreux écrits autobiographiques, et en parallèle une pratique de l’autoportrait photographique. De son vrai nom Lucy Schowb, elle évolue dans les milieux littéraires et bourgeois de son époque. Très tôt, elle développe donc une écriture inspirée par la littérature symboliste, pour finalement se lier au mouvement surréaliste de son ami André Breton.

Ces actes de travestissements par l’écriture et la photographie démontrent sa volonté de métamorphose. Elle retrace ainsi son parcours biographique par ses choix, par des détournements et des retournements, qui se retrouveront dans son essai auto-fictionnel.
On y trouve les notions d’identité et d’altérité, du masque et du miroir, et de nombreuses auto-représentations où figure le multiple, le double.

En 1913, Cahun développe une pratique de l’autoportrait où le masque apparaît comme un moyen de devenir ‘autre’, de construire sa mythologie personnelle.
Elle multiplie alors les rôles, les poses et les travestissements (homme/androgyne, marionnette, ange/démon). Cette pionnière de la mascarade s’invente et cherche à s’extirper d’une identité figée, en exposant son véritable visage aux yeux de tous.

« Sous ce masque, encore un masque. Je n’en finirai pas de soulever tous ces visages. » (1930)

        Elle mène donc une quête existentielle en lutte contre la mélancolie, l’hérédité sexuelle ou l’autodestruction. Cette artiste ouvre l’art contemporain à la problématique des multiples fictions de soi.
Des masques tombent, d’autres apparaissent et révèlent leur potentiel créateur. L’identité peut être modifiée, reformée, problématisée, etc.

En questionnant ses propres limites identitaires, à travers la mascarade ou la mise en scène de soi, Cahun affirme le désir de s’approprier un nouveau visage, qui serait choisi, modelé, et ce en toute liberté. Son œuvre devient alors le reflet d’une remise en question des distinctions sexuelles et de l’identité. Le masque incarne la possibilité d’une rupture avec l‘ordre biologique, social et politique.

Pour Cindy Sherman (1954-), il s’agirait plutôt d’une dépossession identitaire. Son travail critique la société contemporaine qui se caractérise, selon elle, par la mise en scène, et tout particulièrement l’image et le rôle assigné à la femme américaine moyenne des années 1960-1970. Ses autoportraits, où elle se met en scène dans des costumes et attitudes variées, sont des questionnements sur l’identité et ses modes de représentations.

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L’individu se doit de devenir ce qu’il est, en s’appropriant sa propre image que lui propose la photographie, que lui imposent les médias. La multiplication des images de soi conforte l’idée d’une identité plurielle. C’est pourquoi il est important de noter une différence entre la notion d’ « écriture de/sur soi » et de « technique de soi ». Les deux ont un rapport à la mémoire : l’écriture comme la photographie sont en effet des supports de mémoire. Le visage est un support technique de notre mémoire, qu’elle soit collective, individuelle, historique ou culturelle.

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