Exposition de soi

Depuis le milieu des années 2000 et ce qu’il est convenu d’appeler le tournant du Web 2.0, les activités sociales et la vie relationnelle ne cessent de se déplacer vers les réseaux numériques où l’on peut très facilement se rencontrer, flirter, livrer des pensées intimes, exposer ses humeurs, jouer, partager des vidéos, publier ses photos, commenter l’actualité, etc. Véritables espaces numériques, les plateformes de blogs et les réseaux sociaux en ligne (Meeting, Myspace, Facebook, Twitter, etc.) sont devenus des lieux privilégiés où se mettre en scène et déployer des tactiques relationnelles dans le but d’éprouver sa subjectivité et de tester des formes de reconnaissance. Aussi, sur Internet, les individus n’hésitent-ils pas à divulguer des informations personnelles et à exposer une part toujours croissante d’eux-mêmes à un auditoire aux contours plus ou moins lâches. En retour, il est souvent attendu des partenaires de l’échange numérique un minimum de réciprocité. La socialisation numérique s’articule en effet autour de deux tendances : s’exposer et observer.

 

Les dispositifs de géolocalisation et de vidéosurveillance se banalisent ; les objets pucés et communicants (RFID) envahissent nos quotidiens ; l’usage des outils et sites de socialisation numériques explose : nous sommes de plus en plus habitués à voir nos faits et gestes enregistrés et à vivre constamment surveillé. Sans pouvoir détailler ici les ressorts de l’acceptabilité4, on peut faire le constat que tout concourt à rendre acceptables et même souhaitables la traçabilité et la surveillance : impératifs de sécurité (de la lutte contre les petites « incivilités » ordinaires jusqu’à la lutte contre le terrorisme); rationalisation de l’administration des hommes et de la gestion des choses (pour améliorer l’efficacité et la personnalisation des services); et surtout recherche de convivialité et de confort individuel (rester en contact, partager des expériences, se repérer dans l’espace, etc.). Combinée aux mécanismes de déprivatisation de soi évoqués plus haut, l’affirmation de ces besoins politiques, économiques et sociaux a comme effet d’augmenter la tolérance aux formes multiples de contrôle. L’idée que la traçabilité et la surveillance peuvent renforcer les libertés collectives et l’autonomie individuelle (empowerment) gagne du terrain.

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