Rapport4: Tomoko Sawada

Introduction:

Née en 1977 à Kobe, au Japon, Tomoko Sawada vit et travaille à Kobe et à New York. Dans la lignée de Cindy Sherman, Tomoko Sawada incarne cette seconde génération d’artistes féminines qui choisissent la mise en scène photographique pour explorer la question de l’identité et dénoncer les conventions culturelles contemporaines.Cette jeune artiste japonaise s’intéresse tout particulièrement à la pratique photographique au sein de notre société telle que les photographies de classe, de mariage ou de studio de mode.

Tomoko Sawada a réalisé ID400 en 1998, alors qu’elle était étudiante à l’université et vivait à Kobe. Elle remarque que « le photomaton, sorte de petit distributeur automatique, se retrouve dans beaucoup d’endroits de la ville ». Durant des semaines, Sawada a transformé son apparence physique en se maquillant, s’habillant et se coiffant de diverses manières, pour créer jusqu’à 400 identités différentes à l’aide d’une machine ayant pour fonction principale de produire des images standardisées pour des documents officiels. Les traits de son visage sont tellement variés que son projet photographique devient une remarquable étude sur sa propre physionomie

Objet du quotidien, le photomaton est le premier conçu dans l’art de la photo pour se dispenser du regard de l’humain. Mais sans subjectivité, peut-on parler d’art ?

Description:

Les photos sont imprimés en noir et blanc ou en couleur selon les expositions, la disposition donne un aspect sérigraphique comme on pouvait le voir dans les sérigraphies d’Andy Warhol. Cela donne un côté robot, industriel, automatique dans la façon de faire, normal puisque c’est un photomaton vous me diriez, cette aspect est voulue. Ses expressions changent souvent, on passe du sourire à un visage triste ou neutre.

On peut voir que Tomoko Sawada change de style vestimentaire, il y a une accumulation qui se crée avec les 400 photos qui se côtoient. Même si les clichés sont côtes à côtes, on se demande toujours si c’est bien la même personne sur toutes ces photos. Les dimensions sont tels que cela crée une mosaïque de visages différents.

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Ces Photos montre, en quelque sorte, la société actuelle à travers la mode.

Analyse :  

Le photomaton, c’est un emploi spécifique qui induit une image standardisée. C’est ce que la jeune femme remet constamment en question. L’intrigue, l’enquête qui nous porte devient celle de retrouver les traits, savoir, voir et comprendre ce qu’elle a métamorphosé pour changer. Longer 400 fois la même tête n’aurait eu aucun intérêt et c’est bien là le tour de force de Tomoko Sawada, ce n’est jamais la même tête. Ce qui saute alors à nos yeux c’est le contraste évident entre la neutralité nécessaire à la photo d’identité et les possibilités infinies des expressions. On peut duper, camoufler ou se réinventer, l’exploitation faite des codes socio-vestimentaires et l’appropriation qu’on fait de son visage mettent en exergue le détournement même du concept de photo d’identité. L’artiste nous donne l’envie de nous amuser avec ce que nous pouvons laisser paraître ou ce que nous voudrions laisser paraître.

Qu’exprime-t-on de soi avec son visage ? A quelle personnalité peut-on prétendre au travers des critères du photomaton ? Tomoko Sawada montre qu’il est facile de transgresser les codes et les idées reçues voire même les concepts. Sans l’œil humain, nous avons la possibilité d’être qui nous voulons paraître sur ces clichés. L’apparence devient donc subjective autant pour celui qui la créé que pour celui qui la regarde. Il n’y a plus d’observation, plus de critique, plus de jugement.

Conclusion:

Le paradoxe du photomaton est le suivant : en cherchant à rendre égal chacun, il empêche dans le même temps ce que chacun créé visuellement de sa personnalité. Et si l’image n’est pas encore standard, les critères de ce type de photos effacent ce que chacun souhaite faire de son apparence. Ainsi, au-delà de l’idée même de subjectivité à travers le mécanisme photographique, la notion d’identité perd de son sens ou de sa pertinence.

 

 

 

 

 

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