Rapport 4

Liu Bolin

Liu-Bolin-soldat

Né en 1973 dans la province de Shandong, Liu Bolin est un artiste chinois ayant une licence en Beaux-Arts (en 1995) et un master en Beaux-Arts (en 2001). Avant d’être photographe, Liu Bolin a d’abord été sculpteur, mais suite à la destruction de son village, il s’est lancé dans l’art du camouflage urbain.

 Tout d’abord sculpteur, Liu Bolin exerçait son art dans le village de Suo Jia Cun jusqu’au jour où le gouvernement chinois prit la décision de détruire ce village d’artistes pour le réaménager en vue des Jeux Olympiques. Par ailleurs, nous savons que le gouvernement chinois ne tolère pas une presse libre : de nombreux artistes contestent contre le régime et deviennent de cette manière la « parole libre » du pays. Pour cette raison, un certain nombre d’artistes ont été emprisonnés, dont le célèbre Ai Weiwei.

« Liu Bolin répond à ce choc par sa propre disparition » (Le Figaro)

 Ainsi, la destruction de son village et de son atelier en 2005 sont les éléments déclencheurs de son travail. C’est alors qu’il entreprend son projet de « camouflage urbain », avec sa première photographie, réalisée devant les décombres de son atelier. Il se faitpeindre la tête dans son toit détruit et le corps dans les gravas. Cette photo est la première de la série « Hiding in the city », « Se cacher dans la ville ». Cette série reflète sa révolte contre cette fatalité.

 liu-bolin-pekin

 Liu Bolin se sert d’un Hasselblad numérique pour se photographier, il utilise la lumière naturelle, et réalise son camouflage avec de la peinture à l’eau. Il travaille généralement sur lui-même, à l’aide d’autres personnes. Pour cela, il est habillé d’une vareuse, qui est une blouse assez épaisse, portée par les chinois durant le maoïsme. Nous pouvons considérer que bien que des personnes l’aident à réaliser le camouflage, Liu Bolin est bien l’artiste, et les autres sont des « outils » aidant à la création. En effet, Liu Bolin supervise toujours le travail effectué, de cette façon, il devient alors sa « propre doublure » (slate.com). Avec son équipe d’assistants, ils passent environ 5h à se camoufler, après avoir choisi le décor. Néanmoins son corps n’est pas entièrement recouvert : ses chaussures sont visibles, pouvant alors évoquer le lien l’unissant au sol.

Par le biais de ses photographies, Liu Bolin fait un acte de résistance morale et exprime une contestation passive en se positionnant debout, mais qui n’en est pas moins lourde de sens. En effet, au lieu d’entreprendre une contestation politique, il s’affirme en tant qu’artiste.

Liu Bolin se photographie souvent devant des lieux emblématiques.

 « Les lieux que je choisis doivent faire référence de façon très forte à des symboles comme la politique, l’environnement, la culture, etc. que j’entends évoquer », Liu Bolin, Slate.com, (interview par mail).

De cette façon, il a posé devant des lieux cultes, comme le temple du Ciel à Pékin, le drapeau de la Chine populaire, le stade des JO etc… et depuis peu devant les affiches publicitaires des abris bus, des murs recouverts de graffitis, des outils de chantiers brutalisant le territoire, ou encore devant un mur de téléphones portables, signe de globalisation.

Liu_Bolin_Mobile_Phone

On peut donc penser que le fait de se dissimuler dans ces décors, permet de montrer que nous sommes passifs, face à la société de consommation, que nous sommes comme dominés par « le pouvoir idéologique », et que de ce fait, c’est comme si nous n’avions plus notre propre volonté, nos propres choix, puisque nous sommes tous régit par cette « puissance supérieure ».

De cette façon, Liu Bolin trouve le moyen de s’extraire de cette société, et, de cette même façon, il la dénonce.

 Je pense que le travail de Liu Bolin est très significatif car nous vivons dans une société où la mode change et où on n’a pas forcément son style. Comme il le dit, nous vivons dans une société où nous sommes influencés par les publicités, les magazines. Un monde où si on veut être remarqué, il faut sortir du lot, se faire voir et faire parler de soi. Et au contraire, Liu Bolin se « cache » dans ses photographies. Je trouve que c’est un moyen assez astucieux : comme si à force de tous vouloir se ressembler, on ne se différencie même plus et on fait « parti du décor ».

Ainsi, on gagne peut-être plus à être « banal » qu’à être original. L’avenir serait donc de ne plus choquer mais de suggérer.

Ensuite, je pense qu’on existe (qu’on a la capacité de dire « je ») parce qu’on a une identité : un visage, un nom… mais lui, on ne le voit pas, on ne sait pas qui il est. Serait-ce une manière de montrer qu’il n’existe pas dans cette « société des apparences » ? Ou bien qu’au contraire, le fait qu’on ne voit pas son visage permet justement de dire que ça peut être moi, vous, eux… que nous sommes tous dans cette situation.

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