Rapport n°3 – Ecriture sur soi “artistique”, exemple du journal de Niki de Saint Phalle

Un Journal Intime est un texte qui peut être rédigé de façon régulière ou à intermittence, présentant les actions, les réflexions ou les sentiments de l’auteur. Il peut être tenu de façon plus ou moins régulière au long d’une existence ou seulement sur une période particulière (par exemple pour les évènements marquants d’une vie, guerre, mariage, maladie…) Comme pratique ordinaire, il est en général destiné à être gardé secret, temporairement ou définitivement. Cependant, nous pouvons remarquer que certains artistes se réapproprient cette pratique littéraire pour réaliser de véritables œuvres. C’est le cas de Niki de Saint Phalle, artiste peintre, sculptrice et réalisatrice. Elle est l’une des artistes les plus populaires du Xxeme siècle, et s’est notamment fait connaître par la création de ses «Nanas», figures emblématiques du féminisme. 

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L’artiste a toujours été portée par un élan féministe et libertaire. Ses oeuvres font référence au rôle de la femme dans toute la société du XXème siècle mais sont toujours encrés d’une forte dimension poétique. Niki de Saint-Phalle aime utiliser les couleurs vives qu’elle associe à ses émotions. Elle pratique énormément d’arts différents et crée, dès les années 1990, des planches contact grand format (environ 79 x 119 cm) dans lesquels elle y écrit ses doutes, ses idées, ses impressions : c’est une réinvention complète du journal intime qu’elle se réapproprie afin de réaliser ces oeuvres. Ce sont en effet bien ses propres pensées, qu’elle orne de dessins et de motifs, en travaillant les polices d’écritures pour créer un univers à part entière.

En 1982, l’artiste avait déjà commencé à réaliser ces planches contact mais elles étaient réalisées sous forme de lettre, c’est à dire qu’elles avaient pour but d’entre envoyées, et vues, comme ici avec “Dear Laura” :

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Le problème que soulève l’écriture artistique du journal intime de Saint-Phalle est le suivant : comment lire un texte qui ne devrait pas être lu ? Peut-on le lire aussi librement que n’importe quelle oeuvre ?

La créativité artistique de l’artiste s’étendant à son intimité, le spectateur peut se sentir en droit d’aborder ces planches comme de simples œuvres et non comme un dévoilement à part entière de la vie de l’artiste. De plus, les sujets très intimes, entre histoires d’amour, de famille et de haine étaient le principal sujet du travail de Niki de Saint Phalle, ce qui permet au spectateur d’aborder ce nouveau support avec une transparence déàa acquise avec une certaine complaisance pour l’artiste.

Les dessins de l’artiste ont toujours reflétés un certain mal-être sociétaire ainsi que dans sa vie amoureuse bousculée. A travers cela, l’écriture représentait une manière de se soulager et de s’évader dans un décor propre à ce qui la représentait. Rien n’est épargné à ce journal, qui souvent tournent autour d sujet amoureux.

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Dans ses dernières planches contacts, l’artiste parle d’une libération intérieure, libération de son esprit et de son mal-être, on sent un apaisement dans ses paroles, comme dans celle ci -dessus sur laquelle on peut lire :

“Thank God, I am no longer attracted by this type of men. Delivrance at Last !” (Merci mon Dieu, je ne suis plus attirée par ce genre d’homme désormais. Enfin la Délivrance !)

ou encore : “My men were my muses, the suffering they inflicted and the vegenace I took nourished my art, thank you them” (Mes hommes étaient mon inspiration, la souffrance qu’ils m’ont infligés et les revanches que j’ai prises ont nourris mon art. Merci à eux.)

Enfin, l’écriture artistique de Niki de Saint Phalle permet de toucher un large public de part sa sincérité, la force qui se dégage de ses propos mais aussi la disposition ludique de la forme de l’écriture, sublimée par des dessins et croquis, ravivés par la couleur. Que ces oeuvres soient réalisées uniquement pour elle ou pour le public, elles parviennent à toucher à travers leur caractère universel ( le manque de temps dans la vie, la condition féminine, les désastres amoureux) ainsi que par leur attrait visuel.

Niki de Saint Phalle s’est parfaitement réappropriée le style du journal intime moderne de l’artiste.

PAGNON
Sarah, L1TH.

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