12/4/12

“leurs lumières” Exposition, Interview À Jean-Louis Boissier

この記事は、先日日本語版で載せたキュレーターインタビューのフランス語翻訳したものです。本展覧会は12月16日まで、サン•リキエで開催しています!12月の修道院の雰囲気は先月にもましてとても素敵になっているのでは、と想像してます。

“leurs lumières” Exposition, Interview À Jean-Louis Boissier

“leurs lumières”exposition du 13 octobre au 16 décembre 2012
Abbaye de Saint-Riquier Baie de Somme
site de l’exposition
Abbaye de Saint-Ruquier

 

Jean-Louis Boissier, commissaire de l’exposition de l’exposition  « leurs lumières » a rédigé un texte pour le catalogue de cette exposition, intitulé « Leurs lumières » : illumination et aveuglement.  (voici le lien de ce texte)

 

Dans la langue française, le mot « illumination » possède plusieurs sens. Premièrement cela va sans dire qu’elle signifie l’action d’illuminer ou bien l’ensemble des lumières disposées pour éclairer des choses. Ce sens-là est équivalent de « l’illumination en japonais/ イルミネーション » qui signifie principalement les lumières disposées pour éclairer et décorer les choses, voire les lumières « artificielles ». Lorsque l’on parle de la lumière, différencier la lumière naturelle ou artificielle, est important. Quant à l’illumination, il s’agit de la lumière produite artificiellement. Regardons toutes les lumières introduites par les artistes exposés dans cette exposition à propos de leur nature. Vous ne trouverez que trois œuvres en tant qu’illumination purement dans ce sens de lumière artificielle, tels Détecteur d’anges de Jakob Gautel & Jason Karaïndros, Fermer les yeux de Tomek Jarolim et Blind Test de Michaël Sellam . Dans les autres œuvres comme La petite fille aux allumettes de Mayumi Okura, par exemple, la lumière douce produite par le feu des allumettes est de la lumière naturelle, cependant, quand elle est projetée sur le mur pour éclairer le texte de « la petite fille aux allumettes », ce n’est plus du feu identique à celui de l’allumette. Dans « S’abstraire » de Donald Abad, la lumière joue un rôle véritablement important pour l’image du début jusqu’à la fin. Les spectateurs trouveront que le coucher du soleil, les ténèbres de la nuit et la lumière du jour entourent l’artiste et le chat aveugle de naissance. Eclipse II de Félicie d’Estienne d’Ovres que j’aborderai plus tard est aussi une œuvre de projection. En fait, la lumière projetée sur l’écran noir est évidemment artificielle bien que ce que représente cet écran rond et noir soit le soleil qui se cache. Cela possède contradictoirement un double sens. Que peut-on dire sur Lumière de Rousseau d’EMeRI ? Certes la lumière émise depuis l’écran de l’iPad est l’illumination au premier sens du terme, mais le texte de Rousseau même exprime souvent le jour et le rayon. Par exemple, un passage cité de l’Emile : les rayons du soleil levant rasaient déjà les plaines. La description du texte fait imaginer spontanément aux lecteurs la lumière de la nature.


En outre, l’illumination signifie aussi l’inspiration soudaine et le trait de génie, ou encore un état d’éveil dans l’expérience ascétique et mythique dans un sens métaphysique. Ce dernier semble être équivalent de « 天啓 en japonais » ( qui comprend la nuance « la voix de Dieu »). Quant à la voix de Dieu, il est possible que l’on considère que cette signification est positive puisque la voix de Dieu est une transcendantale. Cependant, la nuance de l’illumination n’est pas toujours positive car elle exprime un état d’éveil qui dépasse la limite, c’est-à-dire que l’excès de la lumière dans un sens religieux ne sera pas considéré comme un fait positif. Il y a un autre terme similaire : « l’édification / enlightment (en anglais)» qui signifie littéralement éclairer un endroit sombre grâce à la lumière. Ce terme est fondamentalement différent de l’illumination comme excès de la lumière. La lumière que Jean-Louis Boissier nous montre et interprète dans cette exposition concerne plutôt l’illumination. Ce fait suggère que les œuvres exposées dans cette exposition ne s’harmonisent pas tranquillement dans la nature, mais évoquent parfois le danger et l’inquiétude.

En ce qui concerne l’aveuglement (le mot utilisé dans le titre de son texte), la réflexion est beaucoup plus simple que celle suscitée par l’illumination. Dans cette exposition, il y a beaucoup d’ « aveuglements ». Light my Fire de Julie Morel ne nous montre pas en pleine lumière son texte écrit sur le mur. Lorsque la lumière est éteinte, le texte vert de George Bataille apparaît dans les ténèbres. Cette installation réfléchie semble nous transmettre un message de l’artiste : l’espace où nous vivons dans la vie quotidienne est excessivement lumineux.  En outre, comme je l’ai déjà écrit, le chat de Donald Abad est aveugle de naissance. Les spectateurs suivent la vidéo prise par le chat à travers ses yeux qui contradictoirement ne regardent rien. C’est là où nous nous trouvons dans la problématique entre le capable de voir et l’incapable de voir : nous, qui voyons, suivons notre expérience par l’image visuelle tandis que le chat qui a fait ce film est incapable de voir. Ensuite, devant l’œuvre intitulée Blind Test , il y a une note d’avertissement : « Il est recommandé de ne pas regarder directement… ». Que se passe-t-il ? Nous sommes dans une exposition d’art. Que faire s’il est interdit de voir une œuvre ? Même si vous posez ce type de questions, on vous recommandera toujours de ne pas jeter vos yeux sur ce rayon rouge malgré votre curiosité. Voici une image prise par mon appareil photo, sacrifié à la place de mes yeux et qui a capté une image inquiétante,

À propos de ces deux notions importantes : l’illumination et l’aveuglement, Jean-Louis Boissier conclut ci-dessous.

« Dans la majorité des cas où l’être humain perd sa vision, c’est à cause de la force de la lumière. La lumière excessive nous prive de visibilité. C’est souvent dans l’illumination que nous devenons aveugles. »

C’est pourquoi l’illumination et l’aveuglement sont en réalité les deux faces d’une même médaille.

 

Jean-Louis Boissier explique aussi l’œuvre symbolique grâce à l’affiche de l’exposition qui reprend l’image d’Eclipse II de Félicie d’Estienne d’Orves, en utilisant l’expression « oxymore romantique ». Le terme «oxymore » est une expression caractérisée par le rapprochement de deux mots qui semblent contradictoires, comme « Hâte-toi lentement. / Make haste slowly (en anglais) ». Dans cette œuvre présentant l’éclipse en tant que phénomène naturel, qu’est-ce qui fait oxymoron ? Le soleil est une entité primordiale et indispensable pour tous les êtres animés sur la terre bien que nous ne puisions pas le regarder directement sauf au moment où le soleil est caché : le moment de l’éclipse. À ce moment-là, il devient le soleil noir comme l’œuvre de Félicie d’Estienne d’Orves l’exprime bien. Ce soleil noir ressemble un trou noir qui absorbe toute la lumière de notre univers dans ses ténèbres. Si le soleil blanc qui nous donne la vie émet de la lumière, à l’inverse, le soleil noir dévore la lumière du monde. C’est pourquoi « le soleil noir » dans la littérature française est historiquement attribué à la métaphore de la mort.

 

Dans cette œuvre, le cercle noir est projeté délicatement sur l’écran rond également très noir. Il s’agit de la projection d’un film. Nous voyons déborder l’illumination qui n’est plus cachée sous l’écran rond. Cette dernière a des mouvements incroyablement lents et silencieux à peine visibles, jusqu’à dire que ce soleil est infiniment noir.

Il ne faut pas donc non plus regarder directement le soleil. Nous pourrions perdre notre vision à cause du soleil. L’éclipse totale est relativement le seul moyen d’observer fixement le soleil même s’il est le soleil noir symbolisant la mort. (En outre, dans ses conditions naturelles, l’éclipse totale dure à peine un instant et dans ce cas même, l’utilisation des lunettes est normalement recommandée.)

 

Poursuivant l’itinéraire, nous sommes invités à avancer vers une autre œuvre intitulée Blind Test qui nous alarme sur la perte de la vue. La lumière nous éclaire et nous fait vivre. Elle nous prive de vue dans son excès, en conséquence, elle peut nous laisser partir dans l’obscurité sans fin…

 

Or, l’Abbaye de Saint-Riquier où l’exposition a lieu est une des abbayes françaises historiques importantes. Cette abbaye a été construite sur le tombeau de Saint-Riquier au 7ème siècle lorsque Richarius a évangélisé le Ponthieu. L’Abbaye a connu l’apogée de son importance religieuse à l’époque carolingienne grâce à Charlemagne (régné 768-814). Depuis lors, elle a eu de nombreuses destructions dues aux incendies et aux pillages, mais reste aujourd’hui l’un des plus beaux édifices de France. Pendant la 2ème guerre mondiale, la salle où « l’éclipse » est exposée a été utilisée pour recevoir les soldats gravement blessés. Aujourd’hui, grâce aux activités du Centre Culturel de Rencontre (CCR), elle accueille les visiteurs internationaux pour divers objectifs.

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Le commissaire a choisi le bleu pour unifier la scénographie. L’intérieur de l’abbaye est un peu sombre et froid par l’effet de la construction en pierre dans laquelle les murs originellement blancs mais actuellement repeints en bleu séparent principalement les espaces. (Voici la scénographie sur le site). Les meubles comme la table et les supports sont aussi peints en bleus. Le bleu utilisé ici est précisé par le commissaire d’exposition : il s’agit du bleu de « l’écran bleu » de la vidéo. Autrement dit, ce bleu reconstruit les murs de l’abbaye comme un grand écran uni. Cette couleur joue aussi un rôle important en tant que signe de l’attribut informant que cette œuvre appartient à l’exposition « leurs lumières ».

Le texte rédigé par Jean-Louis Boissier traite aussi de « l’éloge de l’ombre » — le titre de l’essai de Junichiro Tanizaki (1933) et ensuite passe à la citation du texte de Yoko Tawada, écrivain japonaise, vivant en Allemagne.

 

« Ma mère allumait les lumières dès qu’il commençait à faire un peu sombre en fin d’après-midi, c’est ainsi que j’ai grandi dans un espace éclairé et uniformément blanc jusque dans les recoins. La moindre parcelle d’obscurité lui rappelait les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. L’économie japonaise s’est développée dans les années soixante-dix en effaçant à tout prix, par la lumière des ampoules, la mémoire de la guerre. Puis la crise est arrivée dans les années quatre-vingt-dix, sans pour autant assombrir l’éclairage de Tokyo […]. Mais peu de gens savaient que cette énergie illuminant Tokyo vingt-quatre heures sur vingt-quatre était produite à Fukushima et menaçait la vie humaine. » (Yoko Tawada, « Journal des jours tremblants »)

 

La lumière est un médium très utilisé par de nombreux artistes sur la scène de l’art contemporain. Lors de l’utilisation de ce médium, il y a indéniablement quelque chose de représentée en dehors de la lumière elle-même. L’interprétation du commissaire de l’exposition expliquant qu’il n’existe pas de lumière, à proprement parler, artificielle est liée fortement à ce fait.

 

(grand remerciement pour JL.B et pour L.T.)